Histoire de Rosembois

Avant de devenir une ferme, le lieu-dit « Rosembois » a d’abord accueilli un château, puis un couvent avec sa chapelle et sa brasserie. Son histoire est étroitement liée à celle du village de Fournes-en-Weppes. On peut encore apercevoir, au fond du bois de la propriété, le caveau de la famille des Comtes de Sainte-Aldegonde, branche de Genech. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y découvrir quelques pierres ou vestiges de fondations, témoins silencieux d’un passé qui invite à laisser l’imaginaire voyager à travers les siècles.

Ci-dessous un extrait du livre L’HISTOIRE DE FOURNES-EN-WEPPES rédigé par l’Abbé L. LEVAAST  en 1927 retraçant un morceau de l’histoire de « Rosimbois ».

« Rosimbois, hameau de Fournes, était à l’origine un village couvert de bois et de marécages. C’est là qu’une branche cadette de la maison du Maisnil établit, on ne sait en quelle année, mais certainement avant la fin du XIIe siècle, un château fort qui fut le siège de la seigneurie de Rosimbois.

L’étymologie de ce mot, Rosimbois, paraît certaine. On trouve, en effet, le nom de ce hameau écrit de cette façon dans certains documents : Rose en bois ou plus anciennement, Rose in bos. C’était un lieu planté de bois où l’églantier semblait se plaire, ou bien encore, le château fort bâti dans ce lieu sauvage, en était le seul ornement et paraissait comme une rose perdue dans une forêt. Les seigneurs de Rosimbois formèrent une famille illustre, honorée des plus grandes dignités sous les comtes de Flandre, les ducs de Bourgogne et les rois d’Espagne. Nous ne pouvons pas cependant en donner une généalogie complète, nous n’en connaissons qu’un petit nombre de noms :

Pierre de Maisnil (de Rosimbois), seigneur de ce lieu, est le premier dont nous sachions le nom et il ne faut pas le confondre avec le fameux Pierre du Maisnil qui vivait au XIIe siècle. Il épousa Jeanne de Wavrin, dame de Fromelles, sœur de Robert VII, dernier seigneur de Wavrin, mort à Azincourt.

Pierre de Rosimbois, mourut à Azincourt en 1415. Jeanne de Wavrin, sa femme, en 1443.

Guillaume, seigneur de Rosimbois, fils du précédent (1415-1436), époux de Jeanne de Frémault.

Jean de Rosimbois (1436-1489) qui se distingua par ses vertus civiles et militaires. Il était avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne, à la bataille de Wimiacum. Quelques années après, le même duc le nomma gouverneur et commandant de la Gallo-Flandre. Il mourut en exerçant ses fonctions en 1489.

C’est de son temps que le château fort de Rosimbois fut bâti, en 1496, par le maréchal d’Esguerdes, qui soutenait les Flandres dans leur rébellion contre Maximillien, fils de l’empereur d’Allemagne. Le château résista quelques jours, puis fut presque entièrement ruiné par les rebelles qui s’en alla de là, mettre le siège devant la Bassée qu’ils prirent et démantelèrent.

Antoine de Rosimbois (1489), fils du précédent, eut les mêmes emplois et mourut en 1503.

Pierre de Rosimbois (1503), chevalier, premier maître d’hôtel et chef des finances de Marguerite d’Autriche, gouvernant au Pays-Bas.

Son fils François mourut le 23 janvier 1823, prévôt de Collégiale Saint-Pierre à Lille.

C’est vers cette époque que s’éteignit complètement cette illustre famille. Elle portait comme armoiries : bandé d’or et de gueules de six pièces.

La famille de Sainte-Aldegonde de Noircarmes succéda à la famille de Rosimbois. Elle était probablement son alliée et héritière de la seigneurie, à moins qu’elle n’ait acheté le domaine avec les biens.

Les seigneurs de Sainte-Aldegonde de Noircarmes étaient seigneurs du faubourg de Saint-Omer de Genech et de Rieullay. L’un d’eux prit le titre de seigneur de Rosimbois, mais il est probable qu’il n’habita pas le château tombé en ruines. Nous ne pouvons guère citer que Messire Balthazar de Sainte-Aldegonde de Genech, qui fonda le Couvent des Récollets, près des ruines du château, au lieu dit l’Hermitage, dans le petit bois de Rosimbois. L’acte de donation fut passé le 20 juin 1684, entre Balthazar Sainte-Aldegonde et le R.P. Simon Mas Provincial des Récollets Pays-Bas.

Ce couvent, dans la pensée du fondateur, devait servir d’hospice ou de lazaret*, mais on ne voit pas qu’il ait joui à cet usage.

La communauté des Récollets s’établit donc à Fournes de cette année là, dans un local provisoire. Elle était composée de cinq religieux, trois prêtres et deux frères lais ou convers.

Le couvent fut promptement construit et d’après l’État, et déclarant que les R.R.P.P. furent obligés de faire en 1789 le couvent se composa d’une maison, d’une Eglise et d’une brasserie, le tout sur un terrain d’environ 17 cents de terre. Près du jardin se trouvait une petite prairie de deux cents verges, entourée d’une haie et d’un fossé. Le couvent avait un étage et paraissait assez spacieux. Outre le réfectoire, la cuisine et la buanderie, on y trouvait une grande salle dite Sainte Aldegonde et une autre appelée la chambre neuve : à l’étage, cinq chambres de religieux, trois chambres d’hôtes, la bibliothèque et le chauffoir*.

L’Eglise pouvait contenir environ deux cents personnes. Elle était ouverte au public et trois pères y exerçaient le Saint-Ministère, une cloche appelée les fidèles et c’est là que tous les habitants et voisinage assistaient aux offices.

Mais quand il s’était agi d’ouvrir une chapelle, le curé et les marguillers de Fournes craignaient d’affaiblir les revenus de leur Eglise considérablement diminués depuis ces derniers temps, avaient exigés la condition : c’est qu’à chaque office solennel, on y ferait la quête pour les pauvres et l’Église de Fournes.

Or, le jour de la Pentecôte 1688, Messire de Sainte-Aldegonde s’opposa que cette condition fut observée et voulut que la quête se fit pour la chapelle du Couvent. On fit des réclamations, mais en vain. Cet état de choses se prolongea jusqu’en 1706. Depuis longtemps, on avait intenté un procès au seigneur de Rosimbois, lorsque le 23 janvier 1706, la cause fut terminée ; les échevins de Lille déboutèrent Messire Balthazar de Sainte-Aldegonde de ses injustes prétentions, et le condamnèrent au frais et aux dépens.
Depuis cette époque, un marguiller et un pauvriseur* de Fournes allaient aux jours de dimanche et de fête quêter dans l’Église Récollets.

Dans cette église, sous le chœur, se trouvait le caveau de la famille de Sainte-Aldegonde, branche de Genech. En 1694, on y inhuma Messire Eugène de Bourre, décédé au château de Rieullay. Monsieur le curé de Fournes, qui présida la cérémonie, d’inhumation…tous les membres de cette famille, décédés avant la Révolution reposent dans cette sépulture, mais nous n’avons aucun détail sur leurs noms et qualités.

Les Récollets restèrent dans leur couvent jusqu’en 1790 et ils exercèrent dans le voisinage le ministère de la Prédication, notamment à Fournes, où ils prêchaient l’Avent et alternativement aux Augustins de la Bassée, la station de Carême. Un récollet, Père François Mordacq fut même viscaire* de Fourmes pendant un certain temps.

En 1789, ces religieux refusèrent de prêter le serment de constitution civile du clergé, et durent se retirer l’année suivante.

Cependant, le couvent ne fut pas aliéné et resta la propriété de monsieur et de madame Sainte-Aldegonde. Les meubles furent vendus et disparus.

Monsieur de Rouvroy avait racheté une grande partie de ces meubles et les tableaux. Il en fit présent en 1803 à l’église paroissiale de Fournes.

En 1805, monsieur Alexandre de Sainte-Aldegonde fit vendre une partie des matériaux provenant de l’Eglise et du Couvent pour la somme de P.777 francs.

Ce qui restait fut vendu pour être démoli à la réserve du caveau à Antoine Joseph Degrave, maçon à Santes, pour la somme de 2 400 francs.
La même année, monsieur Charlet, Notaire à Fournes, vendit le fonds à Monsieur Coilloy de Lille qui l’adjoignit à une ferme qu’il posséda dans le voisinage.

Actuellement, il ne reste de l’ancien château fort que des fossés à moitié comblés et l’emplacement du Couvent ne se laisse deviner que par la sépulture qui se dresse au milieu d’un champ.

Il était convenu dans l’acte de vente que la sépulture serait entourée d’un fossé et d’une haie et sur le monticule, on avait érigé un petit monument en fonte. Les seigneurs de Sainte-Aldegonde et leurs amis avaient accès en tout temps au monument par l’endroit le moins dommageable. Le fossé et la haie ont disparu. Les visiteurs ne viennent plus prier sur cette tombe abandonnée. Tout fait supposer que dans un avenir plus ou moins proche, le monument lui-même sera arraché de sa base.

Ce monument de fonte, fortement incliné sur la droite et surmonté d’une croix, repose sur un socle en pierre bleue : on y voit les armoiries de Sainte-Aldegonde avec l’inscription suivante : 

Sépulture de la famille de M.M Les comtes de Ste Aldegonde, branche de Genech. Cette sépulture fut spoliée en 1793 mais les corps déposés dans le caveau des Récollets fondé par Mr et Mme Saint-Aldegonde reposent ici
R.I.P.

Lexique :

  • Prévôt : Dignitaire ecclésiastique dirigeant un chapitre de chanoines
  • Collégiale : Église desservie par un collège de chanoines
  • Armoiries : Emblèmes héraldiques d’une famille noble
  • Bandé d’or et de gueules : En héraldique, composition de bandes diagonales alternant or (jaune) et gueules (rouge)
  • Récollets : Branche de l’ordre franciscain suivant une règle particulièrement stricte
  • Lazaret : Établissement sanitaire destiné à isoler les malades contagieux
  • Frères lais ou convers : Religieux qui ne sont pas prêtres et s’occupent des tâches matérielles du couvent
  • Cents de terre : Ancienne mesure agraire variable selon les régions (environ 4-5 ares ou 400-500 m² dans le Nord de la France)
  • Verges : Ancienne unité de mesure de surface (environ 8-10 m² dans le Nord de la France)
  • Chauffoir : Salle commune chauffée dans un monastère
  • Marguillers : Laïcs chargés de l’administration temporelle d’une paroisse
  • Pauvriseur : Personne chargée de la gestion des biens destinés aux pauvres de la paroisse
  • Caveau : Sépulture souterraine, généralement voûtée, destinée à recevoir plusieurs cercueils d’une même famille
  • L’Avent : Période de quatre semaines précédant Noël dans le calendrier liturgique
  • Station de Carême : Série de prédications données pendant la période du Carême (40 jours avant Pâques)
  • Constitution civile du clergé : Loi révolutionnaire de 1790 réorganisant l’Église de France, condamnée par le pape
  • Socle en pierre bleue : Base en pierre calcaire de couleur grise-bleutée, typique de la région du Nord

Ci-dessous un extrait du livre BULLETIN DE LA COMISSION HISTORIQUE DU DEPARETEMENT DU NORD – TOME XX – 1897

« Rosembois, à Fournes, tenu de la baronnie de Cysoing, à 10 livres de relief et à justice vicomtière, était formé de la réunion, en 1525, de fiefs de Rosembois, des Pretz, de Duremont, de Relinghehem, de la Parchonnerie et de la Rue-du-Bois, et contenait parmi château, forteresse, basse-cour, moulin, eaux, bois, prés, pâtures, rejets, riez et terres à labour, 76 bonniers. 39 hommages en relevaient parmi lesquels Les Blanches-Mottes, La Carnoie et Relinghehem, à Fournes; Le Croquet, à Lambersart ; Lassus et La Phalecque, à Lompret. Jean du Mesnil, chevalier, seigneur de Rosimbois, figure comme homme du châtelain de Lille dans un acte du 25 octobre 1368. (Mgr Hautcoeur, Cartulaire de Saint-Pierre de Lille, p. 767).

Jean Du Maisnil, seigneur de Rosimbois, et Jacqueline de Boussies, sa femme, vivante au XIVe siècle, eurent entre autres enfants peut être: Jean, seigneur de Rosimbois, et Pierre de Rosimbois, seigneur de Pérenchies et de la Caulerie; morts tous deux à la bataille d’Azincourt en 1415. Le premier, Jean, dit le grand seigneur de Rosimbois, avait épousé Jeanne de Wavrin, dame de Fromelles, soeur de Robert VII, sire de Wavrin. Elle vivait encore en 1443, étant fort âgée. (Brassart, Généalogie de Wavrin, p. 38). De leur union étaient nés au moins deux fils : Guillaume, qui suit, et Jean de Rosimbois, seigneur de Fromelles. Rosimbois portait : bandé d’argent et de gueules de six pièces.

Guillaume de Rosimbois, chevalier, seigneur de Rosimbois, épousa Jeanne Frémault, fille deLothard, anobli avec son épouse, Marguerite de La Tannerie, et leurs enfants, par lettres de juin 1426. Des enfants de Guillaume et de Jeanne Frémault deux me sont connus : Béatrix de Rosimbois, femme de Jean II, dit Gaillehaut de Willerval, seigneur de Cottenes, vers 1450, et. Antoine, chevalier, qui fut seigneur de Rosimbois, gouverneur de Béthune et de Saint-Quentin, et mourut en 1505, ayant épousé, en premières noces, Gertrude de Lichtervelde, morte en 1483, et en secondes noces, Jeanne de Willerval. Du premier lit est né Pierre de Rosimbois, qui suit, et du second lit, Jeanne de Rosimbois, qui épousa Jean, seigneur de Hocron, chevalier.

Pierre de Rosimbois, chevalier, sire de Rosimbois, de Fillomez et de Fromelles, aurait fait en 1539, suivant M. Demay, l’aveu de sa terre et seigneurie de Fournes ; c’est de sa terre et seigneurie de Rosimbois à Fournes qu’il s’agit sans’ doute ? Son sceau figure un écu bandé de six pièces. (Sceaux de la Flandre, N° 1540). Pierre de Rosimbois s’allia à Marie de Habarcq, fille de Philippe et d’Antoinette de Lalaing. Ils eurent au moins un fils et une fille : Jacques, qui suit, et Anne de Rosimbois, dame de Villers-Long-Pré, Canteleu, etc., morte à Arras le 14 juin 1570, ayant été mariée, en 1526, à Jean VI de Longueval, baron de Vaulx, seigneur de Reninghest, mort le 16 mai 1555.

Jacques de Rosimbois, chevalier, sire de Rosimbois, de Fromelles et de Fillomez, épousa Charlotte de Quiévrain, dame de Ressay, dont il eut une héritière, Anne, dame de Rosimbois, de Fromelles et de Fillomez, qui s’allia à Adrien d’Oignies, fils de François et de AnneBonne de Lannoy, dame de Willerval, d’Allennes et de Beaumont. Adrien d’Oignies et Anne de Rosimbois eurent sept enfants. Le second, Charles d’Oignies, prit le nom et les armes de Rosimbois en épousant Anne de Rubempré par laquelle il fut père d’Anne de Rosimbois, alliée à François d’Oignies dont elle fut la première femme. »

Ci-dessus un plan figuratif de 1835 de la première Ferme de Rosembois et ses terres, propriété de Mr Bernard-Beaufsier.

Photo de la Ferme de Rosembois détruite en 1913.

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