Non ce n’est pas une piscine olympique privée ! Dans mon projet d’aménagement permaculturel de 2,5 hectares de prairie, je viens de faire un choix qui peut sembler paradoxal : creuser un étang pour favoriser la biodiversité.
L’étang existait déjà naturellement : un renfoncement dans le terrain, alimenté par plusieurs sources d’eau. Il n’a jamais été creusé : l’eau s’y accumule naturellement, formant une zone humide.
Mais avec les étés de plus en plus secs et une profondeur d’environ 80 cm, les sources ont fini par se tarir. Depuis cinq ans, l’étang s’assèche complètement pendant l’été.
Et lorsqu’un étang disparaît pendant plusieurs mois, ce n’est pas simplement une question de beauté du paysage. C’est tout un écosystème qui devient difficile à maintenir.
Alors, pourquoi creuser ?
La question mérite d’être posée.
Après tout, pourquoi utiliser des engins de chantier, déplacer des quantités considérables de terre et transformer artificiellement un endroit qui fonctionnait naturellement ?
C’est un choix. Et il faut l’assumer.
L’assèchement estival favorisait l’installation des saules par centaine. Ils profitaient du limon et de l’humidité résiduelle pour coloniser la zone.
À terme, l’étang aurait probablement évolué vers un assèchement complet et un boisement humide dominé par les saules, au détriment du milieu aquatique.
La question n’était donc pas vraiment : « Nature ou intervention humaine ? ». Mais plutôt : « Quelle trajectoire voulons-nous accompagner ? »
Un étang pensé comme une succession de milieux
J’ai donc choisi de recreuser l’étang en conservant autant que possible la logique naturelle du site.
Plutôt que de créer une grande cuvette unifo
rme, nous avons choisi un profil en espalier, avec plusieurs niveaux.
Au centre, la profondeur atteint maintenant environ
2,80 mètres. Sur les bords, une zone plus douce forme une sorte de plage d’environ 3 mètres de large, à environ 80 cm de profondeur.
L’idée est de créer différentes conditions de vie au sein d’un même étang : des zones plus profondes et plus fraîches, des zones moins profondes qui se réchauffent davantage, des berges aux pentes variées et une île permettant à différentes espèces végétales et animales de trouver leur place.
L’objectif est de créer une mosaïque de conditions écologiques.
Moins grand, mais plus profond
Une autre décision importante a été de réduire la surface de l’étang d’environ un tiers. Nous devrions arriver à une surface d’environ 1 500 m².
Cela peut sembler contre-intuitif : pourquoi réduire la surface d’un étang alors que l’objectif est justement de conserver davantage d’eau ?
Parce que dans ce cas, la profondeur est déterminante.
Une surface plus importante avec seulement quelques dizaines de centimètres d’eau est extrêmement vulnérable à l’évaporation et aux épisodes de sècheresse.
En concentrant le volume d’eau sur une surface plus petite et en créant une profondeur centrale importante, l’objectif est de disposer d’une réserve d’eau capable de traverser les périodes estivales sèches.
Et maintenant… toute cette terre !
Évidemment, recreuser jusqu’à 2,80 mètres sur une telle surface génère une quantité considérable de terre. Le volume extrait est gigantesque.
Mais dans une démarche permaculturelle, cette terre devient une nouvelle ressource pour modeler le reste du terrain, créer des reliefs, améliorer certains espaces ou préparer de futurs aménagements.
C’est aussi l’un des paradoxes de la permaculture : parfois, une intervention très importante au départ peut permettre ensuite de mettre en place un système qui demande moins d’interventions.
Intervenir pour laisser davantage de place au vivant
Je ne prétends pas que creuser un étang soit une intervention « naturelle ». Ça ne l’est évidemment pas. Une pelleteuse reste une pelleteuse.
Mais la permaculture ne consiste pas forcément à ne jamais intervenir. Elle consiste aussi à observer les dynamiques du lieu et à intervenir en essayant de travailler avec elles plutôt que contre elles.
Ici, l’eau était déjà là. Les sources étaient déjà là. Le renfoncement naturel était déjà là. Le vivant avait déjà commencé à s’installer.
Mon intervention consiste essentiellement à modifier les conditions physiques du milieu pour lui permettre de conserver de l’eau plus longtemps et de continuer à accueillir un écosystème aquatique malgré des étés plus secs.
La réussite du projet ne se mesurera donc pas à la beauté de l’étang. Elle se mesurera dans quelques années. Lorsque les plantes auront colonisé les berges. Lorsque les insectes seront revenus. Lorsque les amphibiens auront trouvé leurs zones de reproduction. Lorsque les oiseaux viendront s’y nourrir.
Et surtout, lorsque l’eau sera encore là au cœur d’un été sec.
C’est peut-être ça, le véritable test : faire aujourd’hui une grosse intervention pour pouvoir ensuite laisser davantage de place au vivant.



